Ils ne comprennent pas. Ils ne comprendront jamais. Ils me regardent. Ils me dévisagent. Ils se posent des questions. Ils n'osent pas m'interroger. Ils se rapprochent. Ils me parlent discrètement. Je leur marque un intérêt maquillé d'indifférence. Je me suis enfermée dans ma coquille. Je suis parmi eux mais aussi isolée que la terre du soleil. Je fais fi de leur présence. Les meilleurs sont partis. Ils sont ailleurs, ont changé d'horizon. J'ai la nostalgie des jours heureux que j'ai coulés en leur compagnie, des repas que nous avons partagés, des paroles que nous avons échangées, lesquelles étaient chargées d'intérêt, de sympathie, d'amitié, de compassion, de sincérité...
Ceux-là se demandent pourquoi ce mutisme, cette froideur. Ils me croient malheureuse. Ils ne savent pas. Ils ne sauront jamais que j'ai un visage serein, impassible, que mon bonheur est taciturne. Il n'a pas besoin de s'exprimer, ni de s'exposer au grand jour. Ils ne peuvent pas se figurer ce stade d'équilibre que j'ai atteint en dehors de leur sphère. Ils sont dans l'impossibilité d'imaginer que mon intérieur est tapissé de grandeur et de majesté puisées d'une source généreuse qui ne demande qu'à donner.
Je peux rester en leur présence (je ne dirais pas compagnie) des heures sans proférer une seule parole et tout à coup éclater de rire sans préavis parce que le rire est contagieux et que je ne peux demeurer insensible à son impact.
Je suis isolée au milieu de ce monde, oasis dans le désert. J'égaye mon propre univers...En décalage par rapport à eux, captive et sultane de mon empire personnel fait de rêves et de poésie, tour d'ivoire ou piédestal... ? Je ne saurais dire. J'ai placé un mur d'acier entre eux et moi et j'ai aménagé mon espace personnel où je peux placer mes désirs, mes envies, mes rêves, mes délires, mes pensées secrètes, enfin tout ce qui constitue mon moi authentique et je le protège de leurs paroles mornes, de leurs discours moralisateurs, de leurs actions maléfiques, de leurs sentiments négatifs...et je suis heureuse ! Et ce n'est pas à eux que je dois mon bonheur. S'il ne tient qu'à eux, je serais déjà arrivée à un stade de dépression dont je ne sortirais pas indemne.
...Ils ne comprendront jamais pourquoi ils n'ont pas pu atteindre leur cible. Et leur vie sera constituée d'une série d'échecs alors que moi je progresse toujours vers l'avant étant convaincue que seuls les bons triomphent.
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